ELWATAN-ALHABIB
samedi 14 octobre 2017
 

Je ne suis pas un Chrétien d’Orient








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Je ne suis pas un Chrétien d’Orient
Je ne suis pas un Chrétien d’Orient. Je suis un Oriental chrétien. La différence est fondamentale. On dit Chrétien d’Orient comme on dirait, par exemple, Français du Liban ou Libanais de France. C’est une erreur grossière. Je n’appartiens pas à une communauté étrangère à l’Orient que le hasard de l’histoire a poussé à vivre sur une terre lointaine.
Mon christianisme n’est pas importé. Je suis né sur la même terre que le Christ. Nous avons les mêmes racines, les mêmes ancêtres, ces Cananéens si méconnus, et les mêmes valeurs de justice, de générosité et de partage. L’Orient fut chrétien avant qu’il ne devienne musulman. Et après qu’il fut juif et païen. Moi, Oriental chrétien, j’ai plus en commun avec mon voisin sunnite ou chiite qu’avec un coreligionnaire du Minnesota. J’ai plus en commun avec un Juif de Wadi Abou Jmil à Beyrouth qu’avec un fils d’immigrant irlandais installé à Brooklyn.
L’Oriental chrétien n’a pas besoin d’être protégé comme une espèce en voie de disparition par ceux-là mêmes qui ont causé son naufrage. Il a besoin qu’on ne se mêle plus de ses affaires et de ceux de ses voisins musulmans, juifs et athées. Il a besoin qu’on le laisse vivre en paix dans une région que les convoitises venues d’ailleurs ont mise à feu et à sang. Il n’a pas sa place derrière le char d’un matamore exotique. Ni dans un mini-état sectaire, paranoïaque et belliqueux.
C’est avec les Orientaux musulmans, juifs et athées que l’Oriental chrétien doit trouver, à l’intérieur des états souverains qui divisent la région, la meilleure formule sociétale et politique pour vivre ensemble, le plus harmonieusement possible. Ce vivre ensemble, si inhérent à l’Orient, particulièrement au Levant, n’est pas une idéologie comme elle l’est actuellement en Occident. Elle n’a pas son politiquement correct et son Inquisition. Elle ne fonctionne pas par diktats et anathèmes. C’est une façon d’être. Aussi naturelle que la brise d’automne qui caresse la joue d’un enfant. Aussi imparfaite que les créatures, trop souvent douées de déraison, que nous sommes tous.
L’Oriental chrétien a pour vocation de vivre avec ses compatriotes musulmans, juifs et athées. Non par universalisme, mais simplement par la naissance et la géographie. Et tant mieux si cette coexistence mène à l’universalisme. Le monde en a bien besoin en ces temps où le communautarisme et la haine de l’autre prennent le dessus sur notre humanité commune.
 Claude El Khal 
Source: http://claudeelkhal.blogspot.ch/2017/10/je-ne-suis-pas-un-chretien-dorient.html
via: http://arretsurinfo.ch/je-ne-suis-pas-un-chretien-dorient/
Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.
envoyé par Byblos

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vendredi 13 octobre 2017
 

Irak : double attentat de l’EI à Nassiriya, 84 morts, 93 blessés. Qui en a entendu parler ?





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En arrière-plan, une photo de Nassiriya en Irak après le double attentat, le 14 septembre 2017.

On peut parfaitement lier cet article au précédent, La diaspora face à la facture du terrorisme !, afin de démontrer l’absurdité du raisonnement qui consiste à exiger des musulmans occidentaux de réagir dès qu’il y a un attentat daechiste alors que l’on n’a vu personne réagir aux milliers d’attentats et de carnages quotidiens dans les pays musulmans à cause de l’ingérence occidentale ! Le sang des victimes est-il hiérarchisé ? Obéirait-il à une échelle de valeurs ?

Il y a moins d’un mois, le 14 septembre 2017, dans la province de Dhi Qar en Irak, aux alentours de la ville de Nassiriya, 84 personnes ont trouvé la mort dans un double attentat revendiqué par daesh ; 93 personnes ont été blessées.
84 morts, c’est plus que dans les tueries de Marseille Saint-Charles (2 femmes poignardées et égorgées) et de Las Vegas (58 morts) réunies, survenues respectivement le 1er et le 2 octobre derniers.
Pourtant, c’est peu de dire que le massacre de Nassiriya n’a pas généré autant d’émoi dans « la communauté internationale » et dans la presse occidentale que ceux de Marseille et de Las Vegas.
Dans le jargon médiatique, c’est ce qu’on appelle la loi du mort-kilomètre.
Attentat-suicide à Damas le jour de la tuerie de Las Vegas
Le 2 octobre, le jour même de la tuerie de Las Vegas, un double attentat faisait d’ailleurs 16 morts dans un commissariat de police de Damas. Ce meurtre a également été revendiqué par daesh. A l’image de l’attentat de Nassiriya quelques semaines plus tôt et en comparaison de la tuerie de Las Vegas le même jour, ce massacre n’a pas ému grand monde non plus dans les cabinets diplomatiques et dans les conférences de rédaction d’Europe et d’Amérique du Nord.
Mettre les vies humaines sur un pied d’égalité
Il est hors de question ici de mettre les horreurs et les morts en concurrence. Il s’agit bien au contraire, de mettre les vies humaines sur un pied d’égalité. Il est doublement scandaleux que ces massacres, revendiqués par la même organisation mafieuse que les deux autres, n’aient pas troublé un instant le cours du récit médiatique de l’actualité internationale.
Premièrement, parce que cette indifférence témoigne de manière flagrante du mépris avec lequel les puissances médiatiques occidentales considèrent la vie humaine hors de leur pré carré. Deuxièmement, parce qu’une telle indifférence conforte l’opinion majoritaire des populations d’Europe et d’Amérique du Nord dans une forme d’angoisse nombriliste entretenant le fantasme du choc des civilisations, en les laissant penser qu’elles sont de loin les principales victimes du réseau crapuleux de daesh. Ce qui factuellement, est faux.
Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Égypte,  l’indifférence
Dans un article publié durant l’été, peu après les attaques de Manchester, du London Bridge et de Notre-Dame de Paris, nous réalisions le décompte suivant. De janvier à juin 2017, les assassins de daesh et affiliés ont perpétré le massacre de 412 personnes en Afghanistan, 247 en Irak, 228 en Syrie, 132 au Pakistan, 108 en Égypte, et 58 en Amérique du Nord, Europe et Russie tous trois confondus. Sur ces six mois, la disproportion entre les victimes d’attentats perpétrés en occident d’une part, au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique d’autre part est flagrante.
Fabrication médiatique du choc des civilisations
Cette disproportion est criminelle. Elle déforme la réalité, laissant croire que la guerre contre daesh est une guerre opposant « l’orient » musulman  à « l’occident » chrétien/laïque, là où en réalité, athées, musulmans, chrétiens, juifs, mais aussi yézidis et membres d’autres confessions religieuses sont tous les cibles de daesh.
Petits jeux pleins de conséquences
Et ce en particulier, faut-il le rappeler, dans les pays arabes qui avaient instauré un certain équilibre, voire une certaine distance entre pouvoir théologique et pouvoir politique. Nous pensons en premier lieu à l’Irak et à la Syrie, dont les structures étatiques ont été affaiblies par les stratégies des complexes militaro-industriels occidentaux, tantôt en concurrence les uns avec les autres, tantôt travaillant main dans la main pour se partager les parts des gâteaux riches en matières premières du Moyen-orient. Des petits jeux pleins de conséquences.
La guerre déclenchée par la coalition occidentale en Irak (2003-2011), ainsi que les deux guerres civiles qui s’ensuivirent (2006-2009 et 2013-…), dont l’une est toujours en cours, ont causé la mort de plus de 180 000 personnes. L’émergence et la prolifération des milices de daesh à travers le monde, et par voie de conséquence, des crimes qu’elles perpètrent, sont en partie des conséquences de cette guerre. Barack Obama le reconnaissait lui-même dans un entretien accordé à Vice News en mars 2015.

Galil Agar – Cercle des Volontaires
 
lundi 9 octobre 2017
 

Rôle d’Israël dans le cataclysme à venir






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Rôle d’Israël dans le cataclysme à venir
Grâce à un article de Foreign Policy écrit par Jonathan Spyer, le squelette a fini par sortir du placard du printemps arabe. Israël est en guerre pour dominer totalement le Moyen-Orient et, selon le chercheur principal de Global Research in International Affairs Center (Rubin Center) et le chroniqueur du Jerusalem Post, Tel-Aviv est sur le point de s’engager en Syrie pour affronter l’Iran.
Tout ce que je puis dire, c’est que si le directeur de l’un des centres de recherche israéliens situés à l’Interdisciplinary Center a raison, il se pourrait que le coup d’envoi de l’Armageddon soit imminent. Depuis quelques mois, mes recherches et articles sur la Syrie et les crises plus larges dans les affaires mondiales, tournent autour du rôle d’Israël. C’est pourquoi, avec cette révélation, il paraît évident qu’on ne prendra plus de gants là où Israël instigue des crises. La réunion de Netanyahou et Trump à Washington, le rôle de l’AIPAC faisant pression pour des sanctions contre la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, et le rôle géostratégique provocateur joué par le gouvernement Netanyahou, sont des preuves indirectes écrasantes de la responsabilité de la minuscule nation dans le chaos au Moyen-Orient. Voici une citation de Spyer :
Pensant que l’Iran gagne la compétition pour la domination du Moyen-Orient, des responsables israéliens se mobilisent pour contrecarrer le réalignement régional qui menace de suivre. Le but de la campagne militaire et diplomatique d’Israël est la Syrie.
De mon point de vue, je ne puis décider quelle incidence de cette information fait le plus peur : Le fait évident que les principaux analystes israéliens ne se soucient guère de l’opinion publique ; ou bien la possibilité que l’Israël nucléaire s’oppose vraiment à l’Iran. L’article de Foreign Policy révèle aussi les motifs ayant poussé les Israéliens à fomenter des incidents internationaux. Par exemple, dans l’épisode psychotique initial avec les Etats-Unis, à propos des armes chimiques que le gouvernement Assad était censé avoir utilisé contre son propre peuple, les « craintes envers ces armes » n’avaient rien à voir avec les Syriens. Spyer relève en particulier les opérations israéliennes contre les installations d’armes chimiques à Masyaf. Soyons réaliste, Israël ne lance pas des raids aériens pour sauver des Arabes en danger. Mais le cuisant problème du régime israélien n’est plus Assad. Comme avec l’aide russe et iranienne, l’armée syrienne a presque éradiqué l’État islamique, Tel-Aviv s’inquiète des répercussions de sa pagaille en Syrie. Et de ses précieuses hauteurs du Golan. Citons à nouveau Foreign Policy :
Les forces iraniennes restent désormais présentes à proximité ou en face de la partie du plateau du Golan contrôlée par Israël et du passage de Quneitra qui la sépare de la partie de territoire contrôlée par la Syrie. Tout au long de la guerre en Syrie, Israël a remarqué le désir des Iraniens et de leurs clients du Hezbollah de faire de cette région une deuxième ligne de front active contre l’État juif, en plus du Sud-Liban.
L’expert israélien continue à prétendre que « la Syrie n’existe guère aujourd’hui », et proclame « maîtres » du pays déchiré par la guerre l’Iran et la Russie. L’article de Foreign Policy expose en termes clairs, bien que l’auteur n’en ait pas l’intention, l’essentiel de la façon de voir les choses d’Israël et la stratégie qu’il déploie indifféremment contre ses ennemis et ses alliés. En montrant ce qu’Israël craint le plus, et en énumérant de manière convaincante les contrepoids géopolitiques et militaires de Tel-Aviv, Spyer trahit les intentions réelles d’Israël. Voyez comment Israël travaille avec les rebelles en Syrie :
Israël a développé des relations de travail pragmatiques avec les groupes rebelles locaux qui contrôlent toujours à l’heure actuelle la plus grande partie de la frontière, comme le groupe Fursan al-Joulan. Cette coopération se focalise sur le traitement des combattants et des civils blessés, et fournit de l’aide humanitaire et financière. Il y a sans doute eu de l’assistance dans le domaine du renseignement, mais il n’a encore émergé aucune preuve d’approvisionnement direct en armes ni d’engagement direct des forces israéliennes pour le compte des rebelles.
Enfin, en examinant les articles et la propagande du site Internet du Rubin Center, on constate que le groupe israélien ne se focalise pas uniquement au niveau régional. D’abord, nous trouvons ce type, Spyer, avec les yeux braqués sur l’Ukraine et la communauté juive qui s’y trouve, dans un article du Jerusalem Post qui dépeint les factions pro-russes comme des nazies. Ensuite, je trouve intéressant que le Caucase et la Géorgie soient abordés en profondeur. Un article de septembre 2014, intitulé « Sud-Caucase : Fiasco du nouveau départ d’Obama avec la Russie et doctrine de Poutine en pratique », écrit par Mahir Khalifa-zadeh (un vétéran de la mission de l’OSCE au Kosovo en 1999), révèle la géostratégie israélienne au cœur des calamités les plus lointaines. Toute personne pragmatique pourrait maintenant poser cette question : « Israël a-t-il réinitialisé les relations entre les États-Unis et la Russie ? » La réponse nous conduit vers de nouvelles idées à propos de « qui » est derrière la division actuelle entre l’Ouest et l’Est. Voici une citation de l’article :
Depuis 2009, sous le mandat du Président Barack Obama, les États-Unis ont appliqué une politique de « réinitialisation avec la Russie » promettant un nouveau départ à l’opposé des relations tendues antérieures. Mais cette politique n’a pas permis d’améliorer les intérêts étasuniens, en particulier dans la région Sud-Caucase, qui est stratégiquement importante pour la politique israélienne et étasunienne à l’égard du Grand Moyen-Orient et de l’espace post-soviétique.
Cet article de l’expert azerbaïdjanais aborde la sécurité énergétique des États-Unis et d’Israël, qui renvoie aussi au principal catalyseur des crises dans ces régions. Nous ne lisons et n’entendons pas souvent parler du fameux contrat du siècle entre l’Azerbaïdjan et les gros poids lourds occidentaux, mais cette citation cadre bien la question :
La découverte dans cette région des gisements pétroliers azéris, Chirag et Guneshli, a considérablement encouragé la politique et la diplomatie étasuniennes à faire de la région une importante source d’énergie non moyen-orientale. Les immenses réserves de pétrole et de gaz azéries ont aussi soulevé le problème des routes d’acheminement de l’énergie contournant la Russie.
Court-circuitant la Russie et l’Iran, réduisant la Syrie à un terminal de fourniture d’énergie, anéantissant tout semblant de résistance à la puissance israélienne dans la région, consolidant la domination des États-Unis dans le système mondial, ces accords et stratégies montrent les compromis à l’origine des énormes crises. Et les sionistes qui dirigent Israël sont au beau milieu de tout cela. Ce n’est plus discutable. Il reste la question : « Que pouvons-nous y faire ? »
La réponse à la question n’est pas positive, car à l’Ouest le jeu est singulièrement pipé. Les citoyens sont soit absorbés par les crises locales, soit ignorants et apathiques à l’égard de la géopolitique mondiale. Bref, nous ne sommes pas prêts de faire quelque chose. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous voyons des magazines mondialistes, comme Foreign Policy, et même des politiciens de premier plan, qui n’ont pas peur d’étaler les plans au grand jour. Ces révélations sous nos yeux sont la conséquence de notre propre indifférence, et pour les gens, les solutions aux abus israéliens ou étasuniens ne sont pas faciles à accepter. En ce qui concerne Tel-Aviv, la force est la seule médiation qui attire son attention. À mon avis, jusqu’à ce que la communauté internationale (ou peut-être la Russie) remette Israël à sa place (et durement), ces crises ne feront que s’amplifier. Israël a joué le rôle clé dans le printemps arabe et dans le changement de régime visant Assad et la Syrie. En conséquence, des millions de gens sont maintenant déplacés ou pire. Il est grand temps pour ces autocrates sionistes, de faire face aux conséquences. Autrement, ce sera un cataclysme.
NEO, Phil Butler


Phil Butler, chercheur politique et analyste, politologue et expert en Europe de l’Est, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.
 Original : journal-neo.org/2017/10/07/israel-s-role-in-the-cataclysm-to-come/
Traduction Petrus Lombard

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dimanche 8 octobre 2017
 
Pourquoi la Turquie dérange? L'hystérie collective dans la démesure. 






J'ai déjà écrit sur ce sujet, et j'ai utilisé un titre similaire au lendemain de l'échec de la tentative du putsch du 15 juillet 2016, et de la frustration née de l'espoir déchu des chancelleries occidentales. Certains pourraient se demander pourquoi j'y reviens ? En fait, je ne le fais nullement par chauvinisme turcophile, et encore moins par soutien moral indéfectible ou solidarité aveugle ni avec la Turquie, ni son système ni son pouvoir, que je laisse le soin à ses citoyens et à l'histoire de juger, comme toute expérience humaine de son apport, en bien ou en mal. Si je reviens à ce sujet, c'est suite à la meute hystérique qui ne démord pas, et se fait pressante voir outrancière sous le fallacieux prétexte de préservation des « valeurs républicaines », et parce que je j'estime que le cas de la Turquie nous offre une véritable vitrine, qui expose d'une part la véritable nature de la lutte d'influence qui s'opère, entre les acteurs actifs sur le terrain, et ceux qui la subissent en « doux et serviles » appendices, sur un fond le lutte de civilisations qui peine à cacher sa véritable nature. Le Cas Turquie nous offre aussi une vitrine qui dévoile la laide hypocrisie des chantres de l'humanisme humanoïde, sous la pompeuse bannière des lumières et des valeurs dites universelles. Enfin, parce que je considère que cette vitrine, ne concerne pas la Turquie exclusivement, mais nous présage du sort réservé à tous ceux qui oseraient braver les lignes déterminées par cet Occident hégémonique, dans son gant humaniste, et sa cupide réalité de de feu, de fer et de mensonges d'état. 
L'alibi de l'actuelle hystérie qui prend des dimensions continentales ? Pas un uniquement, mais toute une myriade, et on sait, quand les alibis et prétextes se bousculent, c'est qu'ils sont d'argile. La version officielle : « refus de laisser les ministres turcs faire campagne électorale sur le sol de ces démocraties ». Et comme ça risquait de ne pas convaincre, on n'y va pas du dos de la cuillère, on ajoute des pincées crescendo : « la dérive d'Erdogan » et d'ajouter « les prisons se remplissent aussi vite que les journaux sont fermés. Les atteintes aux droits de l'homme se multiplient » ! Seulement nul n'ignore que cette hystérie occidentale contre la Turquie post kemaliste, ne date pas d'aujourd'hui, ni de cette prétendue campagne en terre démocrate ; elle ne cesse en fait de changer de prétexte, qui sont tour à tour mis à jour et interchangeable, qui prouve, que l'objectif étant déterminé, chercher la justification est une affaire banale.
L'occasion de revenir sur ce sujet, m'a été inspirée par ce branle-bas, à l'image de l'hystérie d'Angela Merkel, transmise au plat pays la hollande, pour se poursuivre au Danemark, et partout en Europe.
Mais pour faire court sans chercher midi et quatorze heures, il est clair que le crime turc, qui ne doit pas rester impuni, est d'avoir osé, ce qui constitue une impertinence au gout des Grands. Le pire, à leurs yeux, est que La Turquie a les moyens d'oser, étant tributaire et redevable uniquement envers son peuple, elle ose la dignité et impose sa stature, et de là, elle commet le crime de lèse-majesté, celui d'exercer sa souveraineté, et de ne pas craindre de dévoiler la laideur de l'hypocrisie occidentale, de ses mensonges et de son chantage de bas étage.
Tout en la Turquie met à nu les prétendues valeurs universelles tant claironnées par ces démocraties européennes, des libertés d'expression, et des choix de la diversité. Si cette Europe se fait tellement critique, voire agressive et arrogante envers la Turquie sous prétexte de « gouvernance autoritaire » et soucieuse des droits de l'homme par le régime d'Ankara, dûment élu et réélu par ses citoyens dans des élections qu'il est plus que ridicule de contester la transparence, on a vu comment cette même Europe s'est distinguée par son mutisme coupable lors du génocide au Myanmar, où des milliers de victimes Rohingya, femmes, enfants, vieillards, tous désarmés se sont font égorger devant les caméras, sans que ces crimes ne dérangent la conscience de ces chantres des droits de l'hommes, ou de condamner cette barbarie, ou lors des massacres en Egypte après le putsch de Sissi et des autres violations massives des droits de l'hommes qui en ont suivi et persistent à ce jour, ou encore les boucheries de Bachar, tout cela n'indispose pas cet Occident ni met mal à l'aise sa conscience sélective ; il sait s'adapter selon la nature des victimes et des bourreaux, et sait comment faire le funambule en soutenant les apprenti dictateurs tout en claironnant son appui au valeurs humaines pour condamner la... Turquie
Sachant la futilité de son alibi, on cherche à conforter cette position, par le biais de sondages télécommandés et des interprétations à géométrie variable, à l'image de celle effectuée le 14 mars par le Figaro, qui à la question « L'Europe doit-elle mettre un terme définitif au processus d'adhésion de la Turquie ? », nous gratifie de résultats sans appel, (95.3% de oui, contre 4.7% de non), on remarquera qu'ici on est loin des résultats habituels des 60/40, mais plutôt des résultats cinglants fort révélateurs de l'objectif même de ce sondage qui cherche à donner l'illusion de l'unanimité au sein de ces peuples vis-à-vis de la question turque, ce qui n'est pas forcement vrai, et à la question « L'Europe doit-elle sanctionner la Turquie après ses accusations de nazisme contre l'Allemagne et les Pays-Bas? », le résultat n'est pas différent (82.14 % de oui, contre 17.86 de non). On remarquera que ces instituts de sondages télécommandés, ne se sont jamais donné la peine, de poser des questions de ce genre par exemple lorsque l'on crachait sur la foi d'un milliard et demi de musulmans et de leur prophète comme l'a fait le Charlie Hebdo, dans ce cas, « on » considère qu'il s'agit de liberté d'expression sacrée et protégée, mais pas quand on compare Merkel au nazisme, ou encore lorsque Geert Wilders qui brigue la magistrature suprême de son pays, le plat pays, prône l'interdiction du coran et la fermeture des mosquées. On remarquera dans ce cas précis qu'il ne s'agit pas uniquement de vaines déclarations exprimées par une personne quelconque, mais d'un véritable programme politique de candidat à la présidence, et que personne n'a jugé utile de sonder les populations pour savoir s'il fallait condamner pareils propos ou accuser leur auteur de crimes de haine ; ou encore faire des sondages pour savoir si le fait de critiquer les crimes sionistes révélaient de l'antisémitisme ; ici, le seul fait d'être pris en de tel flagrant délit est passible de peine de prison et de fortes amendes.
Passons maintenant aux prétextes aussi divers que contradictoires, changeant au gré des circonstances, qui valent à la Turquie cette levée de boucliers :
La Turquie est un pays terroriste, ou soutient les terroristes. N'est-elle pas plutôt, par faits avérés, victime du terrorisme multiforme, du PKK que ces pays soutiennent ouvertement sous le fallacieux étendards de freedom fighter, à la nébuleuse « Daesh », sans oublier la mastodonte machine d'intox occidentale, à l'image des campagne orchestrées et maintenues pour distiller une version mainstream reprises par toutes les agences de presse ?
La Turquie est un pays de dictature. Pourtant nul n'ignore que tel était effectivement le cas lorsque la dictature militaire digne héritière de l'ère Kemalienne sévissait des décennies durant, et qui essaie de se remettre en selle, avec pas moins de quatre putschs, dont un avorté récemment, sous l'œil complaisant et compromis de cet Occident qui n'arrive pas à ce jour à accepter cette débâcle, suite à son amère déception qui lui a fait régurgiter ses aspirations d'une Turquie qui l'avilit et l'enfonce dans sa turpitude. D'ailleurs, c'était révélateur cette position de complicité occidentale pour ne pas dire d'incitation au putsch du 15 juillet 2016, avorté par le peuple et sa vigilance, un fiasco qui leur est resté au travers de la gorge, et qui justifie par la suite leur campagne orchestrée, non pas de condamnation du putsch, mais de l‘arrestation des putschistes et de leur traduction devant les tribunaux !
La Turquie est un pays autoritaire. Puisse-t-il y avoir une seule personne sensée pour nier le caractère civil, populaire légitime et pluriel, du pouvoir en Turquie ? Certes ce n'est pas la Suisse ni la Suède, le chemin est encore à faire, mais qui l'est ? La France ? Et n'est-ce pas au peuple souverain de juger par l'expression libre, du choix de son modèle, de ses gouvernants, et de les plébisciter ou les démettre, et à lui seul le droit d'exercer ce pouvoir, et même de se tromper, afin de se parfaire et de construire son pays, loin de toute ingérence, de mainmise ou de paternalisme au gout coloniaux, qui n'ont pas de place dans un pays qui n'a guère été un Dom Tom de ces négriers.
La Turquie est un Pays rétrograde, obscurantiste, misogyne, liberticide etc. Pour cela il faudrait être aveugle ou daltonien, pour ne pas voir ces tares dans l'Egypte de Sissi, l'Arabie des Al Saoud, la Syrie du Jazzar, l'Algérie des DAF, pour ne citer que ces spécimens qui trouvent toute l'indulgence et le soutien de cet Occident donneur de leçons, en contraste flagrant avec une Turquie épanouie, prospère et tellement gênante. Ou à l'image de ceux qui ne voient pas d'un bon œil l'Islam tel que pratiqué en Turquie, et veulent le réduire à la version Chalgoumi, ou la « main de fatma », et sont même disposés à s'acoquiner avec sa version « rigoriste » des Al Saoud ou même d'un Daesh de service.
La Turquie porte atteinte aux Droits de l'Hommes. Si tel était le cas, que doit-on dire de ces droits de l'homme dans l'Egypte de Sissi qui est accueilli en fanfare dans ces capitales, et de Bachar qui tue par milliers, et du pouvoir du mourant Bouteflika qui, du fond de son fauteuil roulant, tisse une toile partout dans cet Occident, sans que ni son incapacité ni son illégitimité ni ses violations des droits de l'homes et de ceux qui l'ont précédé au lourd tribut d'un quart de million de victimes, n'ont empêché ces chantres des droits humains, de les accueillir et les soutenir, voire même louer leurs « lumières », ni tous les autre dictateurs putschistes qui sévissent et qui ont dans leur tableau de chasse des centaines de milliers de victimes, et de prise en otage des populations entières depuis leur accession à l'indépendance formelle. Pour ne citer que cet échantillon de prétextes.
En fait, c'est parce que la Turquie n'est pas « tout cela », qu'elle est la proie de cette sale guerre d'intox et de pyromanie, et c'est une suite logique qui trahit ce malaise que ressentent ces démocraties face au modèle turc, tant il les indispose par son efficacité, sa clarté, même aux standards claironnés par cet Occident, et qui s'impose comme alternative réelle aussi bien aux pouvoirs dictatoriaux arabes que de leur propre modèle hypocrite en fin de parcours.
Cette hystérie émane en définitive de l'esprit colonialiste qui ne peut voir et encore moins tolérer l'indépendance d'esprit et de l'acte chez les autres, tellement habitué à sévir en maitre absolu tenant ses sujets et serviteurs sous sa coupe et n'acceptant d'autre genre de relation en dehors de celle-ci, chose qu'il n'a pu imposer à la Turquie.
Il est vain de croire pouvoir occulter le véritable « crime » commis par la Turquie, celui de déranger, et de présenter un risque de « contagion », le genre que ces démocraties ne peuvent pas accepter tant il menace leurs thèses entretenues pendant des siècles pour maintenir l'ordre établi par eux.
La raison concrète de ce malaise européen et de son hypocrisie vis-à-vis du pouvoir civil en Turquie et qui dérange le plus cette Europe, c'est que le pouvoir en Turquie émane complètement d'une volonté polaire librement exprimée dans les urne turques et non redevable d'aucune manière ni de la complaisance ni de la compromission occidentale, ni tributaire de son soutien, comme c'est les cas des autres républiques militaires issues de coup d'état et de confiscation de la souveraineté des peuples, et qui ne doivent leur pérennisation qu'à cet Occident. Ce qui porte la dragée haute à cet Occident est que la Turquie ne tire pas sa légitimité d'ailleurs, elle en est forte de son peuple, ce qui prive cet Occident de levier, de chantage et de pression qu'il manie à satiété.
En résumé, tant que c'est le peuple turc qui choisit et exprime sa volonté, qu'importent toutes les vociférations de cet Occident. Qu'il continue ses croisades vocales et futiles, pour faire oublier un temps sa chute chez lui et les déceptions de sa gouvernance ressenties par ses citoyens. Quant au peuple turc, c'est à lui que revient le dernier mot, et il sait d'où il tire sa force, sa légitimité, sa prospérité et sa dignité qu'il n'a recouvrées que lorsque l'occasion lui a été restituée après plus d'un demi-siècle de régime militaire et de dictature appuyée par ces chantre occidentaux qui essaient maintenant de lui miroiter les bienfaits de cet phase lugubre et révolue de son passé.
Rachid Ziani-Cherif
 
 
samedi 7 octobre 2017
 

1917-2017 (II). L’étincelle d’Octobre





En 1916, Lénine publia ses fameuses Thèses sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, sans doute l’un de ses textes les plus féconds. La lutte pour l’émancipation nationale distrait le prolétariat de la révolution socialiste, lui disent ses camarades. Lénine leur répond que le socialisme signifie la lutte contre toute forme d’oppression, y compris l’oppression nationale. A rebours de l’orthodoxie socialiste, il prend au sérieux la question de l’autodétermination nationale, récusant un internationalisme abstrait.
Là où ses camarades voyaient un combat d’arrière-garde, Lénine, en effet, perçut un enjeu révolutionnaire. L’affirmation du droit à l’autodétermination a pour vertu d’éduquer la classe ouvrière de la nation dominante, elle l’immunise contre la tentation du chauvinisme, elle préserve les chances de l’union entre les nations de l’ex-Empire russe. Cette clairvoyance valut au bolchevisme l’adhésion des mouvements nationaux et lui conféra une aura sans précédent dans l’Empire des Tsars, cette « prison des peuples ».
On ne comprend pas la révolution d’Octobre si l’on oublie ce défi lancé par Lénine à la domination coloniale, cet appel à la révolte contre des puissances soi-disant civilisées qui « déchaînaient des guerres qu’on ne considérait pas comme telles parce qu’elles n’étaient souvent que des carnages, à une époque où les armées impérialistes d’Europe et d’Amérique, pourvues des moyens d’extermination les plus perfectionnés, massacraient les habitants sans armes et sans défense des pays coloniaux ».
Les ennemis du bolchevisme ne s’y sont pas trompé. Le publiciste américain Lothrop Stoddard l’accuse de « stimuler la marée montante des peuples de couleur » en s’alliant avec eux contre l’Occident. Pour lui, le bolchevique est « le renégat, le traître à l’intérieur de notre camp, prêt à vendre la citadelle », il est « l’ennemi mortel de la civilisation et de la race ». L’essayiste allemand Oswald Spengler dénonce à son tour « la haine enflammée contre l’Europe et l’humanité blanche » qui animerait le bolchevisme, accusation recyclée, plus tard, dans les diatribes nazies contre la « barbarie asiatique » des Slaves, ces « races inférieures » qui seraient vouées à céder la place à la « race aryenne ».
Ces idéologues racistes et réactionnaires ont vu juste : le bolchevisme veut régler son compte à la domination coloniale. Après le coup d’envoi de 1917, l’offensive principale du prolétariat devait se dérouler à l’Ouest. L’agonie de la révolution allemande ayant dissipé cette illusion, Lénine en déplace l’axe géographique et prophétise son irruption au Sud. « On continue à considérer le mouvement dans les pays coloniaux, comme un mouvement national insignifiant et parfaitement pacifique. Il n’en est rien. Dès le début du XXème siècle, de profonds changements se sont produits, des centaines de millions d’hommes, en fait l’immense majorité de la population du globe, agissent à présent comme des facteurs révolutionnaires actifs et indépendants »
A peine créée, l’Internationale communiste appelle à la révolte les peuples colonisés. En 1919, elle réunit à Bakou le « congrès des peuples de l’Orient ». Turcs, Iraniens, Géorgiens, Arméniens, Indiens, Chinois, Kurdes et Arabes s’y retrouvent. Le cataclysme de la guerre a sorti les peuples de leur torpeur séculaire, il a mis à nu les sordides rivalités entre puissances occidentales. Bakou inaugure un processus de libération qui connaîtra bien des péripéties mais sera irrésistible. A défaut d’un embrasement européen dont la perspective s’est évanouie, le communisme privilégie, dans la propagation de l’incendie révolutionnaire, la combustion lente des immensités asiatiques.
Revanche d’une révolution assiégée, l’onde de choc planétaire d’Octobre 17 a balayé bien des citadelles qui se croyaient imprenables. Prise en étau par quatorze puissances étrangères jusqu’en 1921, la Russie soviétique a triomphé des armées blanches. L’URSS a vaincu le nazisme au prix de 25 millions de morts, l’Armée rouge causant 90% des pertes allemandes de la Seconde Guerre mondiale. Les communistes chinois de Mao Ze Dong rétablirent l’unité et l’indépendance du pays le plus peuplé de la planète. Les communistes vietnamiens infligèrent à la puissance coloniale française et à l’envahisseur impérialiste une humiliation sans précédent. En les aidant, l’URSS joua un rôle décisif dans la décolonisation de l’Asie.
Condamnant la diplomatie secrète et les tractations menées dans le dos des peuples, la jeune république des soviets dénonça en 1917 les accords Sykes-Picot et révéla le scandale de la « Déclaration Balfour ». On le souligne rarement, mais c’est grâce à Lénine que les Arabes découvrirent que l’Empire britannique livra la Palestine aux sionistes. Bien qu’elle reconnût l’Etat d’Israël en 1948, l’URSS appuya les nationalistes arabes face à l’agresseur en 1956, 1967 et 1973. Elle soutint la lutte pour les indépendances africaines, apporta son aide à Cuba face à l’agression US et donna le coup de grâce au régime d’apartheid en fournissant un appui décisif à l’ANC.
A l’intérieur de ses frontières, l’URSS était tout sauf un « empire colonial ». C’est Lénine qui choisit le nom d’« URSS » pour désigner le nouvel Etat multi-ethnique fondé en 1922. Se méfiant du « chauvinisme grand-russien », il fit appel à des géographes et à des linguistes pour établir la liste des peuples concernés. On recensa 172 nationalités sur une base linguistique, et certaines furent dotées d’une écriture. Aucune discrimination légale ne frappa les populations des anciennes colonies, favorisées au contraire par la promotion d’élites nationales. Exaltant l’unité du « peuple soviétique », l’idéologie officielle fournissait à la fois un antidote au chauvinisme russe et un stimulant aux identités nationales.
Loin d’être « impérialiste », le système soviétique organisa un transfert de richesses du centre vers la périphérie. Cette politique eut un résultat paradoxal : malgré l’extrême dureté de la période stalinienne, et en dépit du bureaucratisme qui gangrenait le système, l’URSS a joué le rôle d’un incubateur d’Etats-nations. Le soviétisme a favorisé l’émergence - ou la réémergence - de nations oubliées, il a créé les conditions d’une renaissance culturelle impossible sous le régime tsariste. Les circonstances de la dissolution de l’URSS en témoignent. Sonnant le glas d’un système à bout de souffle - et exténué par la course aux armements -, cette dissolution eut lieu sans effusion de sang. Chaque peuple a repris sa liberté, conformément à un droit à l’autodétermination proclamé par Lénine en 1916.
Bruno GUIGUE
 
jeudi 5 octobre 2017
 
Quand Israël découvre qu'il est mis en échec




par Kharroubi Habib


Pour Israël, la tournure que prend l'évolution de la géopolitique moyen-orientale qui se dessine à travers les développements des conflits régionaux qu'il a contribué à faire éclater et à attiser vire au cauchemar. Son ministre de la Défense Avigdor Lieberman en a fait l'aveu en sollicitant des Etats-Unis, l'allié stratégique de son pays, qu'ils s'impliquent militairement encore plus directement dans la région qu'ils ne le font. Lieberman et les autres dirigeants de l'Etat sioniste sont véritablement affolés au constat que la situation dans la région qu'ils ont cru allant devenir favorable aux intérêts d'Israël tourne au désavantage de celui-ci dans le sillage des victoires que remportent dans ces conflits ceux qui sont pour eux les pires ennemis régionaux de leur Etat.

Inspirateur intéressé du plan américain de recomposition géopolitique du Moyen-Orient visant à l'éclatement des Etats de la région en entités qui de par leurs faiblesses et leurs inévitables rivalités ne constitueraient plus une menace pour sa sécurité nationale et à son hégémonisme, Israël s'est mépris sur les conséquences qu'allaient avoir pour lui les conflits dont ce plan est à l'origine. De celui que ce plan a fait naître en Syrie, l'Etat sioniste en attendait qu'il provoque l'effondrement du régime de Bachar El Assad et avec lui la fin de l'axe forgé par Damas, Téhéran et le Hezbollah libanais. Ce qu'il a récolté après s'être investi dans ce sens directement est que le régime de Damas est non seulement resté debout, mais que l'Iran et le Hezbollah libanais ont conforté leurs positions et influence dans la région.

L'appel de Lieberman à l'implication américaine pour que soit renversée la situation qui est en train d'émerger dans la région au détriment de l'Etat sioniste n'est ni plus ni moins qu'une invite à la plus grande puissance militaire du monde à suppléer l'impuissance d'Israël à en empêcher la tournure qu'elle prend. Peu chaut à l'Etat sioniste dont le fantasme hégémonique est obsessionnel qu'une intervention américaine telle que voulue par ses dirigeants en plein désarroi s'accompagne d'un embrasement généralisé de la région et même au-delà du fait de l'inéluctable réaction des parties prenantes au conflit syrien qui ne sont plus seulement le régime et ses alliés que sont l'Iran et le Hezbollah.

Alors que le monde entier a pris conscience du rôle de jeteur d'huile sur le feu que joue l'Etat sioniste dans les conflits et crises dont le Moyen-Orient est la scène, les dirigeants de ce pays entonnent à nouveau et toujours aussi cyniquement la complainte qui présente Israël comme étant menacé dans sa survie par le maintien au pouvoir du régime de Bachar El Assad et somment la communauté internationale de mettre un terme aux rapprochements qu'elle esquisse en sa direction au constat qu'il est l'acteur de l'instauration d'un rapport de force qui les lui impose. Nul ne voit plus en Israël une partie régionale de laquelle attendre qu'elle œuvre à une solution des problèmes de la région autre que celle qui conforterait ses desseins hégémoniques et expansionnistes pour la région. Ce que confirme irrécusablement sa position sur la nouvelle crise suscitée par la velléité indépendantiste qui s'exprime au Kurdistan irakien et menace de se propager aux régions éponymes en Turquie, en Syrie et en Iran. 




 
 

Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Asie : Vers un virage dans les alliances militaires?






 
Un profond bouleversement d’alliances géopolitiques est en train de se produire, qui tend à saper l’hégémonie des USA dans la grande région du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, ainsi qu’en Asie du Sud. 
Plusieurs des alliés les plus solides des USA ont « changé de camp ». L’OTAN et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont tous les deux en crise.
Turquie et OTAN
L’OTAN connaît de profondes divisions, qui découlent en grande partie de la confrontation entre Ankara et Washington.
La Turquie, qui est en fait le poids lourd de l’OTAN, est actuellement en train de combattre des rebelles kurdes soutenus par les USA au nord de la Syrie. Autrement dit, les USA, qui sont membres de l’OTAN, soutiennent et financent des rebelles kurdes qui luttent contre un État membre de l’OTAN.
La Turquie demeure officiellement membre de l’OTAN, dont le système de défense antiaérienne est intégré et coordonné. Sauf que le gouvernement Erdogan a acheté un système de défense antiaérienne russe S-400, prévu pour être utilisé contre les mandataires des USA kurdes au nord de la Syrie.
Un membre de l’OTAN utilise donc maintenant le système de défense antiaérienne d’un ennemi des USA et de l’OTAN contre des rebelles soutenus par les USA et l’OTAN.
La Turquie a aussi dépêché ses forces armées dans le nord syrien dans le but éventuel d’annexer une partie du territoire syrien. L’alliance entre Moscou et Ankara est ainsi une alliance de circonstance.
Israël soutient fermement la formation d’un État kurde en Irak et au nord de la Syrie, qui est considéré comme un tremplin vers la formation du Grand Israël. Tel-Aviv songe d’ailleurs à réinstaller à partir d’Israël plus de 200 000 Juifs d’origine kurde vers le Kurdistan irakien.
La coopération militaire bilatérale entre la Turquie et Israël est également compromise. Inutile de dire que la nouvelle donne a aussi entraîné un raffermissement de la coopération militaire entre les USA et Israël, qui prévoit la création d’une base militaire étasunienne en Israël.
Pour sa part, la Turquie a établi des liens plus étroits avec l’Iran, qui contribueront à nuire aux stratégies des USA et de l’OTAN à la grandeur du Moyen-Orient.
Le nouveau Moyen-Orient
La stratégie de Washington consiste à déstabiliser et à affaiblir les puissances économiques régionales au Moyen-Orient, y compris la Turquie et l’Iran. Cette politique s’accompagne aussi d’un processus de fragmentation politique (voir la carte ci-dessous).
Depuis la guerre du Golfe (1991), le Pentagone a envisagé la création d’un « Kurdistan libre », qui comprendrait l’annexion de parties de l’Irak, de la Syrie, de l’Iran ainsi que de la Turquie (voir la carte de l’académie militaire des USA ci-dessous.) 
Dans de telles circonstances, la Turquie va-t-elle demeurer un membre actif de l’OTAN?
Carte de Ralph Peters : projet du nouveau Moyen-Orient
Qatar et Arabie saoudite
Le blocus économique de l’Arabie saoudite dirigé contre le Qatar a créé un clivage dans les alliances géopolitiques qui ont eu pour résultat d’affaiblir les USA dans le golfe Persique.
Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) est profondément divisé. Les Émirats arabes unis et le Bahreïn sont du côté de l’Arabie saoudite contre le Qatar. Pour sa part, le Qatar a l’appui d’Oman et du Koweït. Il va sans dire que le CCG, qui jusqu’à tout récemment était l’allié le plus fidèle des USA au Moyen-Orient contre l’Iran, est en complète désunion.
La plus grande base militaire des USA au Moyen-Orient se trouve au Qatar, dont le gouvernement entretient des liens étroits avec l’Iran. De plus, Téhéran est venu à sa rescousse immédiatement après le blocus saoudien.
Le quartier général du commandement central des USA (US CENTCOM) se trouve sur une base militaire à l’extérieur de Doha, mais le principal partenaire du Qatar en ce qui a trait à l’industrie pétrolière et gazière, pipelines y compris, c’est l’Iran. La Russie et la Chine sont aussi activement engagées dans l’industrie pétrolière et gazière qatarie.
L’Iran et le Qatar coopèrent activement dans l’extraction de gaz naturel en mer, conformément à une structure de propriété conjointe entre les deux pays. Ces gisements gaziers marins ont une importance stratégique, car ils constituent les réserves de gaz naturel du golfe Persique les plus importantes du monde.
Autrement dit, tout en coopérant activement avec l’Iran, le Qatar a un accord de coopération militaire avec les USA, qui est en pratique dirigé contre l’Iran. Le commandement central des USA basé au Qatar est responsable des opérations militaires contre les ennemis des USA et de l’OTAN, dont l’Iran, qui est aussi le principal partenaire du Qatar en ce qui a trait à l’industrie pétrolière et gazière. La structure de ces alliances qui s’entrecroisent est contradictoire. Les USA vont-ils chercher à renverser le régime en place au Qatar?
Entre-temps, la Turquie a établi une base militaire au Qatar.
Ces nouveaux alignements ont aussi une influence directe sur les tracés des gazoducs et des oléoducs. Le Qatar a abandonné son projet de pipeline qui devait passer par l’Arabie saoudite et la Jordanie (commandité au départ par la Turquie), au profit d’un tracé à partir du port d’Asalouyeh, en Iran, qui passerait par l’Iran, l’Irak et la Syrie, que la Russie soutient.
Le contrôle géopolitique russe des gazoducs et des oléoducs en direction de l’Europe s’est raffermi à la suite du blocus saoudien.
Le Qatar a également prévu intégrer les tracés de pipeline liant l’Iran au Pakistan et à la Chine à partir du port d’Asalouyeh.
Pakistan, Inde et Organisation de coopération de Shanghai (OCS)
Un autre changement majeur s’est produit dans les relations géopolitiques, qui a des répercussions profondes sur l’hégémonie des USA en Asie centrale et du Sud.
Le 9 juin 2017, l’Inde et le Pakistan sont devenus simultanément membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui est une organisation eurasiatique de coopération en matière d’économie, de politique et de sécurité mutuelle largement dominée par la Chine et la Russie. Il va sans dire que l’entrée de l’Inde et du Pakistan comme membres de l’OCS se répercutera sur leurs accords de coopération militaire avec les USA.
Bien que l’OCS, dont le quartier général est à Pékin, n’est pas officiellement une « alliance militaire », elle n’en demeure pas moins un « contrepoids » géopolitique et stratégique aux USA, à l’OTAN et à leurs alliés. Au cours des dernières années, l’OCS a étendu sa coopération au chapitre des affaires militaires et du renseignement. Des jeux de guerre ont eu lieu sous les auspices de l’OCS.
Avec l’inclusion du Pakistan et de l’Inde comme membres à part entière, l’OCS englobe maintenant une région étendue qui compte approximativement la moitié de la population mondiale.
Élargissement de l’OCS
L’intégration simultanée des deux pays comme membres à part entière de l’OCS est non seulement symbolique, mais constitue aussi un virage historique dans les alignements géopolitiques, qui a de facto une incidence sur la structure des accords économiques et militaires. Elle influe aussi sur le conflit mutuel entre l’Inde et le Pakistan, qui remonte à l’indépendance des deux pays.
Ce virage historique porte inévitablement un coup contre Washington, qui a des accords militaires et commerciaux avec le Pakistan et l’Inde.
L’Inde reste strictement alignée avec Washington, mais l’étau politique des USA sur le Pakistan (dans le cadre d’ententes militaires et du renseignement) s’est desserré à la suite d’accords sur le commerce et l’investissement que le Pakistan a conclus avec la Chine, sans oublier l’accession de l’Inde et du Pakistan à l’OCS, qui favorise les relations bilatérales entre les deux pays ainsi qu’une coopération avec la Russie, la Chine et l’Asie centrale, au détriment de ses liens historiques avec les USA.
En d’autres termes, cet élargissement de l’OCS affaiblit les ambitions hégémoniques des USA en Asie du Sud et dans la grande région eurasiatique. Il a aussi une incidence sur les tracés des pipelines, des corridors de transport, des frontières, de la sécurité mutuelle et des droits maritimes.
Avec l’essor des relations bilatérales entre le Pakistan et la Chine depuis 2007, la pression étasunienne sur la politique pakistanaise, qui reposait largement sur la présence militaire étasunienne et sur les liens entre Washington et les responsables des services du renseignement militaire pakistanais, s’est assurément affaiblie.
L’entrée du Pakistan comme membre à part entière de l’OCS, ainsi que ses liens avec la Chine et l’Iran, contribuent à renforcer le pouvoir du gouvernement à Islamabad.
Mot de la fin
L’histoire démontre que la structure des alliances politiques est fondamentale.
Ce à quoi nous assistons, c’est à une série de coalitions transversales contradictoires à la fois « avec » et « contre » les USA.
Nous sommes témoins de retournements d’alliances politiques et militaires, qui contribuent largement à l’affaiblissement de l’hégémonie des USA en Asie et dans le Moyen-Orient.
La Turquie a-t-elle l’intention de quitter l’OTAN? Ses relations bilatérales avec Washington sont en déroute.
Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui constitue l’allié le plus fidèle des USA au Moyen-Orient, n’est plus fonctionnel. Le Qatar s’est non seulement aligné avec l’Iran, mais il coopère aussi activement avec la Russie.
Les accords bilatéraux de coopération militaire entre les USA et le Pakistan d’une part et l’Inde d’autre part sont également touchés, à la suite de l’accession de ces deux pays au sein de l’OCS, qui constitue une alliance militaire de facto dominée par la Chine et la Russie.
Michel Chossudovsky
 
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